Ils sont là,l'œil torve, fuligineux déjà car il a plu ce jour à Budapest, la sardine qui pend au short, le mode d'emploi d'une tente trois place pour six candidats encore tout froissé après deux nuits de bus : les dégénérés! On les avait laissés hirsutes et crasseux, épuisés par une édition 2008 aux allures de légende, on les croyait perdus à jamais pour l'art pointilleux du festivalier modèle, guéris à jamais de la bière et de l'arak. Mais ils sont là! Jeunes, ou vieux, déjà bien en condition pour le Sziget 2009.
Certains défendent leur titre avec ardeur (ceci pour les lecteurs de l'Equipe)
Tandis que d'autres colonisent déjà les bords des allées avec leurs toiles indistinctes (sans doute indistinguées à l'usage, mais ne dites rien à leurs parents) et tant éphémères.
Ils sont là. Mais, cruel constat, moins nombreux que l'an dernier à même échéance. Souvenez-vous : Steve Harris, Bruce Dickinson et leurs comparses avaient alors échauffé plus de 60 000 personnes en entonnant un "Run To The Hill" dont les voisins paisibles d'Obuda ne sont toujours pas quittes. Or cette année, de mastodontes, d'Iron Maiden, de Metallica, d'Oasis ou de Madonna, point. Crise ou choix culturel audacieux, ce soir on commence par un concert anglo-hongrois dédié à l'antiracisme : Rock A Raszismus Ellen, qu'on se le dise. Certes, Jamie Winchester et Pòka Egon Experience ont vendu moins de disques que la cousine de Kirk Hammett. Mais en l'occurrence, les absents ont eu tort. La belle Àgi Szalòki, qui a perdu mon capuchon de stylo en me donnant son adresse de courriel (détail authentique), fit avec Quimby une très gironde embardée fort riffue et trapue comme on les aime.
Jaloux, va! Et, autre belle expérience, Deàk Bill Gyuda, sorte de Johnny hongrois, a su imprimer un bon pas (oui, quand on voit la photo, c'est un peu facile) à une assemblée de plus en plus clairsemée...
Mais la cause était bonne, la musique aussi, avec en particulier un Love Music Hate Racism Allstars Special au nom un peu incongru de sport nord américain, et dont vous n'aurez pas les photos car le corps demande du repos ... j'en ai donc pris.Au retour, sur le bateau Radio One, j'ai pu assister à un concert improvisé (enfin presque : ils vont jouer régulièrement pendant le festival) d'Ukrainiens de génie : la Bande de ceux de Técsò. Il paraît que là-bas, dans le sud de l'Ukraine et dans le transylvanique village de Maramures, on joue tout à la fois de la musique gipsy, de la roumaine traditionnelle, de la juive, de la russe, de la ruthène et de la hongroise. Pris par la folie de l'instant, deux hongrois ont interprété une déclinaison russe des pas de danse que suggéraient l'acidité du violon de Ivàn, le profond murmure de la caisse de Jurij, et les mélopées insolentes et tristes malgré l'allure de Yosip Pidmalivskyy 'Laci', un dieu du Hammer dulcimer qui devrait vraiment un jour rencontrer d'autres dieux de l'accordéon, dont l'Olympe est à Rodrigues, Océan Indien.
Une bien belle entrée en matière. Le soir tombe sur Budapest, les hordes qui ne sont pas repues attendent dans l'ombre du pont de Margìt que Lily Allen, les Backyard Babies ou la Fura dels Baus (souvenez-vous, Barcelone, 1992) prennent la suite. C'est pour demain.
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