Que faire quand on est jeune et désœuvré dans la société actuelle? La réponse de Mangod Inc est simple : gratter, gratter encore, qui sa basse, qui sa six-cordes, avec une saine colère contre le monde tel qu'il va. Le set, sans le decorum dont le groupe est coutumier (masques, femmes dénudées faisant du cirque), rappelle l'énergie de Master of Puppets (Metallica), ses lignes mélodiques aussi, car le chanteur, qui sait gronder comme dans les meilleurs garage bands, est aussi capable, tout en grattant sa basse, donc, de donner un tour très aérien à ses refrains.
Un bon groupe, bien rodé depuis 2005, et deux morceaux, "Paralyzed" et "Thank You Good Night", qui ont particulièrement déchaîné les headbangers présents dans la salle
Vous allez penser que l'auteur de ces lignes est obsédé par le Heavy Metal! Techniquement fondé, ce jugement méconnaît néanmoins une vérité géographique : quand on vient par bateau à Sziget et qu'on se dirige comme un boit-sans-soif vers le calme relatif de l'espace presse-VIP, le chemin le plus court passe par le barycentre de la scène "Headbanging". Je peux donc passer y jeter un œil, malgré une programmation qui, cette année, et sans dénigrer les groupes qui s'y produisent, semble marquer le pas, dans ce genre pourtant très emblématique du rock tel qu'il a été aimé par la Hongrie dans les années 80.
Sur la Grande Scène, Jet (Australie) refroidit ses tuyères, et le public gronde car Primal Scream, les enfants du bon docteur Janov, sont prêts à délivrer leur pop-rock très plastique : on reconnaît au passage tous les accents de la musique qui a traîné dans les rues de Glasgow comme d'ailleurs : les Byrds, MC5, côté traditionnel, mais aussi les couleurs plus saccadées d'une house electro et de la musique de club, qui laissent aujourd'hui la place, dans leur album Beautiful Future (2008), à un revival très concerné de la pop music la plus classique, celle du temps où il y avait mieux à écouter dans les charts britanniques, quand même, que Duran Duran ou Kajagoogoo. Une histoire complexe, à contre-courant, pour un groupe un peu statique sur cette grande scène, mai très apprécié par le public, fin connaisseur cette fois.
C'était la journée des kangourous. Pendulum (Australie, comme Jet) devait suivre, mais pourquoi ne pas aller encourager les Corses de Zamballarana? Scène World, un public hélas restreint pour un récital où la polyphonie le dispute à des passages plus groove (Moby, je te vois!), le tout dans la langue de l'île de beaté. Très bon moment, car il faut le souligner, Sziget, ce n'est pas simplement une gigantesque arène du delirium tremens, c'est surtout, avant tout, une programmation musicale dont on ressort avec très peu de déceptions.
Pendant que nos Corses jouaient à guichets très ouverts, les festivaliers vaquent à leurs occupations.
Ils s'envoient en l'air
(avouez que vous avez eu peur, un instant, que je ne cède au sensationnel ou au licencieux!), ils se protègent de la pluie d'hier,
ils font smblant de vouloir boire du thé et fumer du narguilé pour aller se rincer un peu l'œil,
et ils se battent joyeusement, deux mâles devant toujours s'affronter afin d'affirmer sa domination sur une zone délimitée du camping,
C'est trop injuste. La polyphonie était en concurrence directe avec un événement électro impliquant des artistes français : les Birdy Nam Nam. La tente électro, c'est un peu la porte d'entrée des Enfers : on sait qu'on doit y passer, mais on ne sait plus comment, au sens propre, s'en sortir. Une tente de plusieurs milliers de personnes, serrées comme dans un alignement parfait de carbone. Une sono terrifiante aussi, qui vous crée des ulcères. Une gestion magnifique des lumières pour que la fête soit complète. C'est simple, à partir de 2H00 du matin, tous les chalands hagards convergent vers ce trou noir où les lois de la physique et de la civilité sont abolies : on progresse, en raclant les fesses d'Irène, en marchant sur les pieds de Jan ou en comprimant la poitrine proéminente de Mireille, et cette dernière, qui ne le supporterait pas aux heures de pointe de la Ligne 4, continue à se dandiner lascivement dans le périmètre restreint que lui offrent ses congénères. La Party Arena, où la condensation ruisselle comme dans une serre tropicale, c'est le foyer numéro un de la contagion de grippe, ne cherchez plus. Je ne dirai rien de la musique ni du mix, qui avait l'air assez en verve, je n'ai fait que passer :
Un passage par la tente tsigane s'impose. Les Karandila Jr, Bulgares, sont là. Une troupe d'enfants qui compose une banda diablement efficace, et si professionnelle déjà. Je ne sais pas s'il faut leur prédire le même succès que les Jackson 5. On reconnaît des standards de la musique rom et balkanique, le public est en liesse, il en redemande.
Mais foin de gamineries. L'heure est au grand choix. A ma droite, à 21H30, des icônes enragées de la musique électro, The Prodigy. A ma gauche, Amadou & Mariam. Je décide de rester un peu côté techno avant de partir vers le Mali, à 600m de là ... malheureux, avec la foule démente qui se presse pour The Prodigy, j'ai connu une vraie agorapanique. Impossible de progresser, j'ai réussi à faire la distance en 45 minutes, manquant ainsi une bonne part du concert d'Amadou & Mariam.
The Prodigy, donc, ou comment quelques clips techno peuvent assurer une carrière planétaire à trois ou quatre gusses, un DJ, Liam Howlett, et deux énervés (Keith Flint, un diablotin, et Maxim Reality). Avec eux, le big beat se vent à des millions d'exemplaires. Séquencez, séquencez, il en restera toujours quelque chose. De la chair à Matrix, à console Playstation, et, manifestement, le public adore.
C'est vrai qu'il y a de belles lumières.
Je fonce au Mali. De ces deux là il n'y a rien à jeter! On se demande encore qui, de David Gilmour et de Roger Waters, est le vrai génie. Qui tire les ficelles et porte le pantalon? Ici, cette question n'a pas lieu d'être. C'est plutôt : Amadou est Mariam. Hiératiques, au milieu de la scène, entourés par un bassiste qui mériterait d'être décoré des palmes de la caraïbe, même s'il n'en vient pas, d'un joueur de synthétiseur discret, d'un percussionniste griot qui ne cesse de bondir, et de deux sublimes danseuses et chanteuses qui ont littéralement enchanté la scène. Le rythme des musiques traditionnelles africaines, dont la version zouk est au fond la moins riche, s'insère avec délice dans de véritables chansons, avec pour finir un émouvant "Je pense à toi", la main de Mariam sur l'épaule d'Amadou. Et puis les danseuses, les danseuses ...
Retour à la tente tsigane, pas loin de là, avec la fin du concert des Antwerp Gipsy-Ska Orchestra, des Belges, donc, qui m'ont tant et si bien retourné les sens que j'ai acheté l'album dont ils vendaient les derniers exemplaires. Du gipsy-ska! Après le Ska équatorial des Ska-P, le ska gitan, et ça marche!
La nuit s'achève en ce qui me concerne avec les Olàh Gipsy Allstars, formés autour d'Antal Kovàcs (Romano Drom, vu l'an dernier à Sziget), et d'Istvàn Szilvàsi. Avec les instruments de la tradition, mais aussi avec une pêche qui a nécessité trois ou quatre rappels pour s'éteindre, ce groupe récemment formé devrait enregistrer quelque chose, c'est urgent!
La tente Rom, sans laquelle Sziget ne serait pas entièrement ce qu'il est (alors que Prodigy ...), plébiscite le Olàh Gipsy.
Les jeunes festivalières apprécient tout particulièrement le violon virtuose, tantôt chaud et profond, tantôt virevoltant.
Et tandis que les derniers groupuscules encore lucides cherchent désespérément la tente techno, pour se finir à la sör et à la pàlinka, je m'en retourne, les pas chaloupés n'étant pas, comme certains d'entre vous s'évertuent à le penser, liés à une absorption démesurée de breuvages au titrage décent. Pas le temps, je travaille ici!
Très belles photos Fab! Profite bien :)
Rédigé par : Manolo | samedi 15 août 2009 à 20:55