Il faut une certaine abnégation pour continuer à écrire. Songez un peu : téléphone oublié dans un taxi dont j'ignore la compagnie, je me retrouve comme un idiot à passer des appels dans des cabines glauques, pour savoir si un chauffeur honnête n'aurait pas remarqué sa présence ... le mode dégénéré léger que j'ai adopté tout à l'heure en oubliant ce précieux fétiche, m'inquiète un peu, si tôt dans la semaine.
La journée, qui s'est donc sinistrement terminée, a commencé sous les accents d'un electro-rock mélodique assez décoiffant. The Ting Tings (la cloche sonne? le tic toque?), un couple de furieux touche à tout dont la folie assez contagieuse méritait sans doute un passage à une heure plus civile. Synthétiseur, guitare, batterie et chant, monsieur et madame font tout eux-mêmes.
Un petit tour à l'arène des metallos m'a confirmé que ce genre musical n'était plus joué que par des enfants. Ici, Derfine, Allemagne :
Une gueule d'ange, mais un jus à friser les nattes de Lars Ullrich, quand il en avait jadis. Et dans les allées, une étrange voiture jouant des vieux rockabillys créait autour d'elle une morne surprise.
Faut dire, le festivalier moyen n'aime pas être réveillé par des slams aussi mous que ceux de Bill Halley. Il faut dire aussi qu'ils savent se tenir, nos festivaliers, avec une pointe d'autocynisme assez attendrissante, enfin, au moins quelques secondes :
Verbatim :
Français 1 : tiens, ça sent la pisse!
Français 2 : depuis qu'on s'est lavés on distingue les odeurs
Français 3 : (manque de s'étrangler)
De deux autres, dont l'un sentait si mauvais qu'il semble avoir trouvé la formule, visible sur son short, qui change le purin en amidon :
Français 1 (il attend le bateau et hume l'air du Danube) dis donc, les deux suédoises là, elles comprennent rien au français
Français 2 : ouaiiip, la morue au lance-flamme
Français 1 : mais tu es vulgaire là tu me déçois
Français 2 : ah oui c'est vrai pardonne moi
Et je ne résiste pas à cet autre échange :
Français 1 non, ça va, c''était cool aujourd'hui, pas de stress
Français 2 : mais quand même pour Fatboy Slim on était en slip déjà!
Français 1 : ouaiiip, progressif!
Bref, c'est une grande rencontre d'érudits. Avant Fatboy, nous avons eu droit à Bloc Party, des Anglais, qui font dans le rock et se réclament (mais sans les fringues) des phares de la pop des années 80. Kele Okereke, le chanteur, est assez spectaculaire, du coup, les autres disparaissent et se noient sur la Grande scène :
Eux aussi rendent hommage aux Clash, avec un Guns of Brixton très dub. La foule commence à se masser. Dès le concert très prussien des Die Toten Hosen, Sziget ressemblait à ça :
Ou plutôt en cadrant plus serré, à ça :
L'avantage indéniavble du Sziget, c'est la diversité. Ainsi l'Orquesta Buena Vista Social Club était là, en force, pour un concert or et cuivre où planait l'ombre de Compay Segundo :
Mais avec Guajira!
Sur le chemin qui m'a conduit vers Emily Loizeau, j'ai croisé Fatboy Slim, donc, un DJ qu'on dit hors pair, mais qui me fait autant d'effet qu'un concert de Jean-Michel Jarre au Trocadéro. Joli quand même à regarder :
Tout à côté, une curiosité : un mur taggé par des professionnels en l'honneur des 20 ans de la démocratie en Hongrie, et un côté disponible pour les teufeurs. Je n'ose imaginer ce que les génies qui ont eu cette idée vont trouver sur cette œuvre à la toute fin :
Mais enfin, la voici. Emily Loizeau. Il faut l'entendre reprendre House Where Nobody Lives, de Tom Waits, Sweet dreams d'Euryhtmics, ou interpréter l'inévitable L'Autre Bout du Monde, avec une grâce et une fragilité qui forcent l'admiration. Un grand tour de chant effectué malheureusement devant 200 personnes. Les autres étaient en slip chez Fatboy Slim.
Après Emily, Tricky. Un Britannique pas bien sous tous rapports, mais une bête de scène qui a médusé la tente Wan2. Le pionnier du trip hop, qui a fait ses classes chez Massive Attack, est entouré de femmes qui distillent avec lui un beat sulfureux, reggae sans nul doute avec une attirance évidente pour les rythmes noirs en général. Ceux qui l'ont entendu dans la bande-son du film Bad Company (avec les Dub Pistols comme équivalent naturel) savent combien Tricky sait insuffler une sorte de poison de la danse chez ceux qui l'écoutent.
Brillant, mais aussi complètement déjanté, et aussi loin du monde que Miles Davis dernière période (les concerts pendant lesquels il tournait le dos au public), Tricky a voulu faire un bain de foule : il m'est passé par dessus la tête.
Dernière séance : la tente tsigane, un havre de paix appréciable. Deux groupes français, Yom, qui joue du Klezmer avec un immense talent :
Et DJ Click, un mixeur de morceaux roms et tsiganes, dont un titre de La Caravane passe. La tente rom, guère bondée, permet néanmoins d'aérer un peu le torrent électro qui inonde les bars alentour.
Mais très vite le cours normal de l'existence reprend ses droits, et l'ordinaire ici n'est pas banal. Comme chacun d'entre nous, le festivalier fait ses courses. Mais lui, il les fait à deux heures du matin, avec son caddy, dans des allées où seules les illusions sont à vendre. Il s'arrêtera quand on lui aura montré que la musique n'est pas seulement une marchandise.
bravo!
tu nous donnes une belle idée de ce qu'est la vie à sziget... Merci et bonne chance pour la suite, avec un telephone j'espère :)
Rédigé par : Tom Rider | vendredi 14 août 2009 à 22:17
Merci pour cet encouragement. Info à diffuser sans modération!
Et pour le téléphone ... argh.
Rédigé par : Fabien Chareix | samedi 15 août 2009 à 14:31