Beaucoup d'entre vous ont fait le pari que je survivrais pas à la première journée. Fol et vain espoir. Voici le récit circonstancié de tout ce que vous avez manqué le 12 août. Afin de ne pas surcharger le site (car les images coulent désormais comme un fleuve impétueux), j'ai réduit la résolution des photos auxquelles vous accédez en cliquant sur les vignettes.
Pour paraphraser un ami très cher : "la première entreprise fut, dans un sentier déjà empli de frais et blêmes éclats, une russe qui me dit son nom".
L'amitié entre les peuples, même le matin, c'est un sacerdoce. Je lui offris donc une bière dans un gobelet en plastique, et nous échangeâmes quelques bons mots sur l'âme slave.
Survivre à Sziget, c'est se garder de ceux qui sont désormais présents en masse. Oui, vous avez deviné : les dégénérés! Ils forment une diversité biologique étonnante, dont j'ai relevé quelques caractères saillants. Je le fais une fois pour toutes, afin que vous mesuriez la difficulté de l'épreuve.
Il y a le dégénéré qui fait des jeux pour enfants
Le dégénéré, très répandu, qui se vautre là où il se trouve après une attaque sournoise de PÀLINKA! Ici :
Où là :
Celui qui, même en vacances, ne rate pas sa séance de Tai-Chi :
Le dégénéré de base, belge en l'occurrence mais l'Europe est un réservoir étonnant de cette espèce attachante malgré tout :
Celui qui occupe le haut du panier :
le romantique :
Le chien dégénéré qui attend que tout cela se passe :

Le dégénéré qui croit que les Sex Pistols jouent cette année :
et il n'est pas seul à le croire :
le dégénéré de Paradiski :
La dégénérée seulement en puissance, mais qui finira comme les autres, en quelques jours à peine :
... et sur laquelle déjà se jette un dégénéré qui a faim :

La jolie copine d'une dégénérée à lunettes :
Celui qui préfère l'amour en mer :
Mais qui sombre corps et biens
il y a aussi ceux qui vous saluent bien
Et nous n'en sommes qu'au premier jour...
La programmation, ce 12 août, fut, comme il se doit dans un festival qui offre plus de 12 scènes musicales simultanées (je ne compte pas les bars), nerveuse et trépidante. On connaît les papys du hard rock, qui tournent sans cesse pour arrondir les fins de mois, voici les prépubères du heavy metal : The (Hated) Tomorrow. Une verve punk bien astiquée, des automatismes qui laissent tout de même la place à une folie de bon aloi, ils font plaisir à entendre ces petits, mais il faudrait que leurs parents songent à leur faire réviser la rentrée en 3e.
Après l'absorption d'un breuvage rafraîchissant et hallucinogène (ici on ne voit pas rose mais vert)
J'ai pris un instant pour écouter I Am X. Sorte de remugle de Frankie Goes to Hollywood et de REM, mais avec les fringues d'Elton John. Le chanteur, flippé, s'était en outre fait la tête de Prince. Je peux comprendre qu'il ait des problèmes d'identité, comme le suggère son blaze. Mais les chanteurs à grosses lunettes forment un rayon sur surchargé dans le grand bazar de la pop, Polnareff a pris toute la place. Je suggère qu'il essaie plutôt les oreilles de Mikey. Bref : j'ai pas trop aimé.
Puis vint l'heure, sur la Grande Scène, de Nouvelle Vague, un groupe de compatriotes totalement inconnu au bataillon en ce qui me concerne. Jolis minois, les chanteuses se trémoussent sur une reprise de "Guns of Brixton" ... j'eusse préféré les Clash. Mais rien à dire, dans leur genre, ils font du bon travail, efficace et séduisant : revisitant toutes les facettes des années 80, New et Cold Wave, cette Nouvelle Vague est un groupe-concept qui change selon les directions prises par ses deux seuls permanents, des hommes, évidemment.
Vraiment séduisant en fait,
surtout lorsque Nadeah vous regarde droit dans les yeux
Mais revenons au rock'n roll! Un petit tour vers l'arène des headbangers me fait tomber sur Prosectura.Voilà du bien lourd, du bien gras dans les cheveux. Le bassiste fait son set en manquant de me défoncer la cage thoracique
Et le chanteur, manifestement aficionado des Ramones, a la tête de l'emploi :
Le trash surpuissant de cette troupe locale me donne un réconfort assez insolite face à un véritable mur d'amplis Marshall que Lemmy de Mötörhead ne désavouerait pas. Du trash tranquille, sans fard aux joues et sans tisheurte Armani déchiré, ça nous change quand même de Bon Jovi.
J'aime bien.
Juste après cet attentat sonore, je tombe en arrêt devant un défilé de costumes et de voix : la tradition des Magyars! Ce serait un peu comme passer de Venom un peu énervé à un Bagad (merci Mathilde) de Lann Bihoué, c'est frais, ça pulse! Sziget n'est pas sectaire, j'aime bien aussi.
Le hardcore n'est pas là où on croit le trouver. En mission près de la zone des spectacles plus théatraux que musicaux, je découvre les répétitions de la Compagnie de Krisztiàn Gergye. On bouge, on étire, on muscle son jeu, avec des danseurs assez ... comment dire ... hors normes.
L'un des danseurs a dû énerver sa camarade, il lui arrive des choses pas nettes

Ouille.
C'est du postmodernisme qui pourrait passer au Théâtre de la Ville. Je connais des chorégraphes belges qui peuvent songer avec crainte à leur avenir.
Je m'enfuis avant que le postmodernisme étende ses expériences aux 12 personnes présentes dans le public. Préserver ses intérêts avant tout. Sur la Grande Scène, où on revient toujours, c'est un pur moment de bonheur qui m'attend avec Ska-P. Des punks, des vrais, qui sautillent, éructent, crachent dans les baffles comme de vrais marginaux, mariant avec piment les accents de la conversion reggae du ska, so British, et une vraie tonalité latino américaine. Des Espagnols faisant du Ska, cela pourrait paraître incongru, mais là, non, c'est tonifiant et tous les membres du groupe portent sur le visage le fait qu'ils ne sont pas inscrits au club de tricot du quartier. Voyez plutôt :
surtout lui, là :
Et le public n'est pas en reste
Anticléricaux, anars dans l'âme, les Ska-P ridiculisent les forces de l'ordre sur scène. Convenu, mais drôle quand même après quelques passages au pàlinkahàz.
C'est l'heure de la cavalerie. Snow Patrol, qui rameute tous les Irlandais de l'île (pas très frais malgré la température qui chute à 23°, comme le Mojito).
Snow Patrol, c'est le petit cousin de U2, dont il assurait il y a quelques années les premières parties. On reste entre fils de Belfast. Auteurs de quelques succès planétaires (mais si : "Run", vous connaissez) et de quelques BO de série TV (Grey's Anatomy).
Un peu excité, le chanteur ne cesse de sortir de la scène. Mais, enfin, y a pas vraiment de quoi ...
Pas de chance les gars, pas la peine de courir comme ça, Bono pique le créneau depuis plus de 25 ans...
Succès populaire néanmoins, qui prépare l'arrivée de Lily Allen. Disons le tout de suite, Lily n'est pas trop ma tasse de thé. Lily fume sur scène, elle dit "fucking" tous les 5 mots, mais dans la famille déjantée, je demande la grande soeur, Amy W. A côté, Lily a l'air d'une collégienne qui chante un karaoke. Même si une version impeccable de ses succès a été donnée au public qui exultait littéralement, même s'il faut avouer que la bougresse a le sens de la scène et une plastique très accommodante, elle demeure une de ces girly singers qui ont fait de la pop un champ de ruine (Katie Perry, Avril Lavigne et Dorothée). "The Fear" et bien évidemment "Fuck You" (very very much), où elle a la grâce de chanter à la manière des Scissors Sisters (ah, le tremolo), m'ont révélé une vraie artiste là où je pensais ne trouver qu'un produit de foire. Mea culpa, mais je me contenterai quand même de poster les images, sans texte.
La soirée s'est achevée avec de la musique pop de rabbin (véridique)
avec un peu de Calexico, sur la scène world, où fleurait un bon air de Mexique et de bon vieux rock de garage
avec des clones des Blues Brothers (quel intérêt?)
Puis j'ai échoué, épuisé, à la Tente Rom, pour quelques morceaux cuivrés de King Ferus & Dzambo Agushevi BB.
En passant, sur le chemin du retour, j'ai observé quelques instants la Grande Scène, en proie à un véritable ballet de nettoyeurs, dont les activités ne semblaient pas déranger outre mesure les deux festivaliers déjà sur le terrain pour demain! Telle une machine qui produit et régurgite, le festival, à cette heure avancée, ne commençait même pas à voir le bout de la nuit.
un petit coucou du dégénéré joueur, merci pour la photo!!
Rédigé par : le chevalier damien | mercredi 19 août 2009 à 14:30
ah bravo! J'en ai d'autres si vous voulez!
FC
Rédigé par : Fabien Chareix | mercredi 19 août 2009 à 15:01
Ça serait avec plaisir!
(Le punk est courtois!!)
Si c'est possible de me les envoyer ou de les mettre dispo sur chez un hébergeur comme dlfree, ça serait super sympa.
Merci d'avance!
Rédigé par : le chevalier damien | mercredi 19 août 2009 à 22:50
Lire ces quelques pages a un côté plus attrayant voire distrayant que les révisions de concours, je le concède.
Cependant, la Bretonne d'adoption que je suis ne peut s'empêcher de relever au milieu de vos textes ciselés, une énormité. On dit "un" bagad ou des bagadou. On en apprend tous les jours me direz-vous...
Rédigé par : Mathilde | dimanche 23 août 2009 à 22:15
Egalement un grand bonjour de la dégénérée aux lunettes roses! Il est vrai que ma voisine de concert était charmante mais surtout sympathique.
Merci pour ces photos
Rédigé par : Aline | mardi 25 août 2009 à 20:05